KOBANE Ville Oubliée

                       Depuis quelques semaines les médias nationaux nous relatent le siège et l’imminence de la prise de cette ville dont près de 300 000 habitants ont pris la fuite devant une troupe de fous sanguinaires. Les conséquences humanitaires de cette attaque seront immenses et les massacres des populations ne seront pas sans rappeler le sort réservé à la ville de SEBRENICA où les Serbes de Bosnie avaient massacré près de 8000 musulmans.

                        Cette victoire des forces du mal sera une formidable caisse de résonnance pour les candidats au djihad qui viendront grossir les rangs des terroristes.

                    Les grandes puissances occidentales et les Etats Unis montrent ainsi leurs limites et la Turquie, pays voisin, membre de l’OTAN portera une lourde responsabilité en fermant les yeux sur ce drame et en interdisant aux kurdes de traverser la frontière pour venir en aide à leurs frères.

                        La chute de Kobané sera une puissante victoire pour la propagande de l’EI en exposant les limites des bombardements menés en Irak et en Syrie. Le calvaire de Kobané cristallise toutes les divisions sous-jacentes entre les partenaires de la coalition internationale sur la stratégie à adopter face aux insurgés de l’EI.

                      Les Kurdes représentent actuellement environ  20% de la population Turque et le conflit opposant les deux entités remonte à la création de la République turque en 1923. Les autorités interdisent la langue et les noms de famille kurdes, le mot « kurde » lui-même est interdit et les Kurdes sont désignés par l'expression « Turcs des montagnes » par des politiciens. Face à cette négation du fait kurde et de l'identité kurde, les Kurdes se sont soulevés à plusieurs reprises. Les soulèvements ont été violemment réprimés par l'armée turque. Le dernier soulèvement en date contre la Turquie est le fait du Parti des travailleurs du Kurdistan (PKK). Ce soulèvement qui prend la forme d'une guérilla débute en 1984. Depuis l'arrestation en 1999 au Kenya, et la condamnation à la prison à perpétuité du chef du PKK, surnommé Apo par les kurdes, les affrontements ont diminué d'intensité, avec notamment le repli des troupes du PKK vers le Kurdistan de l'Est et du Sud.

                        La principale représentation politique kurde, le Parti de la Société Démocratique (DTP) comptait vingt-et-un députés à l'Assemblée nationale turque en 2007. Le DTP est dissout le 11 décembre 2009 par la Cour constitutionnelle turque qui le soupçonne d'entretenir des liens proches avec le PKK, considéré comme terroriste par la Turquie et l'Union européenne. Le DTP est remplacé par le BDP qui compte vingt-neuf députés (sur 550) au parlement turc depuis les élections législatives de 2011.

                        Au nom de cette realpolitik le massacre de milliers d’innocents se déroule presque dans l’indifférence aux portes du continent Européen. Les pays arabes, dont certains sont aujourd’hui membres de la coalition alors qu’hier ils étaient les financiers de l’Etat Islamique portent une grande part de responsabilité dans cette situation.

                        Jusqu'en 2013, lors de la guerre civile syrienne, l'EI bénéficie du soutien financier de l’ Arabie saoudite, et d'autres pays du Golfe, mais ce soutien cesse en janvier 2014 lorsque l'EI entre en guerre contre les autres groupes rebelles syriens du Front Islamique également financés par les pays du Golfe. En mars 2014, l’Arabie Saoudite classe l'État islamique comme « organisation terroriste ».

                       Depuis, l'EI n'est soutenu par aucun État de cette région ; le groupe reçoit une aide financière de la part de riches donateurs individuels, pour la plupart originaires des pays du Golfe. L'organisation aurait également mis en place des collectes caritatives dont elle détournerait les fonds. Elle contrôle des puits de pétrole en Syrie et organise des trafics d'armes et de carburant. Ses combattants lèvent des impôts dans les zones placées sous leur contrôle et pratiquent occasionnellement vols, kidnappings et extorsions de fonds.

                      La Turquie est également accusée par certains mouvements politiques et des journalistes de soutenir l'État islamique : de 2012 à septembre 2014, « la Turquie a mené une politique de soutien aux groupes qui combattaient les Kurdes et le régime de Bachar Al-Assad, dont plusieurs organisations djihadistes. Elle les aurait laissés transiter par son territoire, qui leur servirait également de base de repli, en facilitant le passage d'armes et d'équipements. Pour de nombreux observateurs, cette dynamique permissive a directement favorisé l'essor de  l'EI sur ce territoire.  """"Si le plan Turc visant à créer une zone tampon tout au long de la frontière Syrienne a pour objectif de créer une zone où seraient regroupés les réfugiés kurdes c’est sans doute un début de « Palestinisation » de cette population en référence aux camps de réfugiés palestiniens établis au Liban, où ils ont vécu pendant quarante ans sans aucune citoyenneté ni aucun autre droit"""".

                    L’EI semble ainsi avoir très largement profité des rivalités régionales pour prospérer et cette hydre monstrueuse qui déstabilise le Proche Orient sera très difficile à abattre tant ses moyens militaires, et financiers sont importants.  Les seuls raids aériens montrent leurs limites et des troupes au sol sont indispensables. Il faudra des années pour transformer l’opposition syrienne en une armée fiable capable de combattre efficacement l’EI.

                      Seulement aujourd'hui Kobané semble aujourd'hui oubliée, l'actualité à ses impératifs.

POLITIQUE

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