bayeux

09 novembre 1970 (1)

"La France est veuve". Le 10 novembre 1970 (1), Georges POMPIDOU, président de la République annonce par cette phrase choc la mort du Général De Gaulle survenue la veille à COLOMBEY LES DEUX EGLISES.

Le souvenir de cet homme, symbole de la résistance pendant la Seconde Guerre mondiale, « homme de la situation » pendant la Guerre d’Algérie et acteur principal de la construction de la Cinquième République, reste présent dans notre mémoire collective, même si parfois les nouvelles générations éprouvent quelques difficultés pour le situer.

Le général de Gaulle incarna la France pendant de nombreuses années. Passionné par le passé de son pays, il répondit présent, endossant le rôle du personnage qui ne subit pas l’Histoire mais la construit.

Je ne me risquerai certainement pas tenter de retracer l'histoire de ce chef dans toute la plénitude du terme car d'autres l'ont très bien fait avant moi et les ouvrages ne manquent pas. Aujourd'hui j'aborderai de manière succincte le rôle politique joué par le Général De Gaulle dans l'avènement de la cinquième République, institutions encore actuelles, mais pour combien de temps.

Héros de la seconde guerre mondiale, refusant la défaite de la France. Il devient très rapidement le symbole de la « France Libre », sujet que j'ai déjà abordé dans un précédent article « Commémoration Devoir de mémoire ».

On peut situer le début de la carrière politique de De Gaulle en 1925, année où il est détaché, ironie de l'histoire, à l'état-major du Maréchal Pétain, alors vice-président du Conseil supérieur de la Guerre. En 1931 il est affecté au Secrétariat général de la Défense nationale à Paris, poste qui lui donne l'occasion de s'initier aux affaires de l'État.

Dès le début de la guerre le Colonel De Gaulle s'illustre à la tête de son régiment de chars de combat, et inflige de nombreuse pertes à l'ennemi, retardant son avancée vers Paris.

Le 6 juin 1940, alors qu'il vient d'être promu Général à titre temporaire, il est appelé par Paul Raynaud, président du Conseil, pour occuper un poste ministériel, sous secrétaire d'état à la guerre et à la Défense nationale.

Cette fonction ministérielle lui donnera alors une certaine légitimité devant très le symbole de la France Libre malgré l'hostilité des Américains et les rappels à l'ordre des autorités françaises.

À la Libération, de Gaulle devient chef du Gouvernement Provisoire de la République Française, poste qu'il occupe jusqu'en 1946 avec l'aide de toutes les forces politiques issues de la résistance. Au cours de cette période, il accorde le droit de vote aux femmes qui exercent pour la première fois ce droit à l'occasion des élections municipales de 1945. En désaccord avec l'Assemblée constituante sur la conception de l'État et le rôle des partis, de Gaulle remet sa démission le 20 janvier 1946 estimant avoir rempli la mission qu'il s'était donnée le 18 juin 1940 : libérer le territoire, restaurer la République, organiser des élections libres et démocratiques, entreprendre la modernisation économique et sociale.

Le discours de BAYEUX prononcé le 16 juin 1946 pose déjà les bases d'une nouvelle constitution et de la future 5° république.

Après une traversée du désert de 12 ans, il est rappelé en 1958 par le président René Coty qui doit faire face à l'instabilité ministérielle et à l'impuissance de la IVe République face à la question algérienne. Le général de Gaulle devient ainsi le dernier président du Conseil de la IVe République. Les députés lui accordent la possibilité de gouverner par ordonnance pour une durée de six mois, et l'autorisent à mener à bien la réforme constitutionnelle du pays. La nouvelle Constitution, élaborée au cours de l'été 1958, est très proche des propositions avancées à Bayeux, avec un exécutif fort.

Le général De Gaulle devient le premier président de la République de la 5° République le 8 janvier 1959, succédant ainsi à René Coty. Cette constitution qui évoluera au fil du temps ne suscitera pas l'unanimité et François Mitterrand, farouche opposant au général de Gaulle, publie un ouvrage intitulé « Le Coup d'État Permanent ». Dans cet ouvrage, Mitterrand dénonce la pratique du pouvoir personnel par le général de Gaulle auquel il reproche d'avoir trahi la promesse de 1958 selon laquelle le président est un arbitre.

François Mitterrand est élu président de la République le 10 mai 1981, devenant de fait le garant des institutions qu'il avait tant combattues, jugeant inutile de «continuer de promener une polémique qui appartient à l'histoire ».

La Ve République a atteint un objectif majeur, celui de mettre en place un cadre favorisant la stabilité politique et institutionnelle. La pratique présidentielle depuis 1958 a conduit indéniablement à une bipolarisation des pouvoirs. En effet le président et le parlement ont tous deux la même légitimité, ce qui rend le président chef incontestable de l'exécutif. De plus, le président a nécessairement un droit de regard sur les activités de son premier ministre et des différents ministères quand il y a concordance de majorité,

En période de cohabitation, c'est le premier ministre qui a la possibilité de gouverner intégralement s'il le veut d'autant qu'il bénéficie du soutien de L'Assemblée et le président ne peut que se soumettre quand le jeu parlementaire en a décidé ainsi. C'est donc le premier ministre qui va réellement déterminer la politique de la nation. Seulement responsable devant le Parlement, il a seul l'initiative des lois et la cohabitation exacerbe ce pouvoir puisque les orientations politiques des deux têtes de l'exécutif sont opposées. De plus, même si le Président garde un pouvoir réglementaire, celui est réduit. Le Premier ministre peut faire pression sur la majorité parlementaire pour qu'elle réduise pratiquement à néant toute intervention présidentielle.

Répondant à l’appel de l’Histoire lors de la Seconde Guerre mondiale, le général de Gaulle rejoint en quelques années le statut de personnage historique. Si sa méfiance vis-à-vis des partis lui fait quitter la politique en 1953, la gloire dont il jouit auprès des français lui permis d’endosser à nouveau le rôle de sauveur en 1958. Sa conception de l’économie et de la gouvernance inspirera longtemps la droite gaulliste sous la Cinquième République.

(1) et non en 1969 comme je l'avais indiqué par erreur !!!

EXTRAIT DU DISCOURS DE BAYEUX DU 16 JUIN 1946

« « « ...Cependant, la nation et l'Union française attendent encore une Constitution qui soit faite pour elles et qu'elles aient pu joyeusement approuver. À vrai dire, si l'on peut regretter que l'édifice reste à construire, chacun convient certainement qu'une réussite quelque peu différée vaut mieux qu'un achèvement rapide mais fâcheux.

Au cours d'une période de temps qui ne dépasse pas deux fois la vie d'un homme, la France fut envahie sept fois et a pratiqué treize régimes, car tout se tient dans les malheurs d'un peuple. Tant de secousses ont accumulé dans notre vie publique des poisons dont s'intoxique notre vieille propension gauloise aux divisions et aux querelles. Les épreuves inouïes que nous venons de traverser n'ont fait, naturellement, qu'aggraver cet état de choses. La situation actuelle du monde où, derrière des idéologies opposées, se confrontent des Puissances entre lesquelles nous sommes placés, ne laisse pas d'introduire dans nos luttes politiques un facteur de trouble passionné. Bref, la rivalité des partis revêt chez nous un caractère fondamental, qui met toujours tout en question et sous lequel s'estompent trop souvent les intérêts supérieurs du pays. Il y a là un fait patent, qui tient au tempérament national, aux péripéties de l'Histoire et aux ébranlements du présent, mais dont il est indispensable à l'avenir du pays et de la démocratie que nos institutions tiennent compte et se gardent, afin de préserver le crédit des lois, la cohésion des gouvernements, l'efficience des administrations, le prestige et l'autorité de l'État.

C'est qu'en effet, le trouble dans l'État a pour conséquence inéluctable la désaffection des citoyens à l'égard des institutions. Il suffit alors d'une occasion pour faire apparaître la menace de la dictature. D'autant plus que l'organisation en quelque sorte mécanique de la société moderne rend chaque jour plus nécessaires et plus désirés le bon ordre dans la direction et le fonctionnement régulier des rouages. Comment et pourquoi donc ont fini chez nous la Ire , la IIe , la IIIe Républiques ? Comment et pourquoi donc la démocratie italienne, la République allemande de Weimar, la République espagnole, firent-elles place aux régimes que l'on sait ? Et pourtant, qu'est la dictature, sinon une grande aventure ? Sans doute, ses débuts semblent avantageux. Au milieu de l'enthousiasme des uns et de la résignation des autres, dans la rigueur de l'ordre qu'elle impose, à la faveur d'un décor éclatant et d'une propagande à sens unique, elle prend d'abord un tour de dynamisme qui fait contraste avec l'anarchie qui l'avait précédée. Mais c'est le destin de la dictature d'exagérer ses entreprises. À mesure que se fait jour parmi les citoyens l'impatience des contraintes et la nostalgie de la liberté, il lui faut à tout prix leur offrir en compensation des réussites sans cesse plus étendues. La nation devient une machine à laquelle le maître imprime une accélération effrénée.

Qu'il s'agisse de desseins intérieurs ou extérieurs, les buts, les risques, les efforts, dépassent peu à peu toute mesure. À chaque pas se dressent, au-dehors et au-dedans, des obstacles multipliés. À la fin, le ressort se brise. L'édifice grandiose s'écroule dans le malheur et dans le sang. La nation se retrouve rompue, plus bas qu'elle n'était avant que l'aventure commençât.

Il suffit d'évoquer cela pour comprendre à quel point il est nécessaire que nos institutions démocratiques nouvelles compensent, par elles-mêmes, les effets de notre perpétuelle effervescence politique. Il y a là, au surplus, pour nous une question de vie ou de mort, dans le monde et au siècle où nous sommes, où la position, l'indépendance et jusqu'à l'existence de notre pays et de notre Union Française se trouvent bel et bien en jeu. Certes, il est de l'essence même de la démocratie que les opinions s'expriment et qu'elles s'efforcent, par le suffrage, d'orienter suivant leurs conceptions l'action publique et la législation. Mais aussi tous les principes et toutes les expériences exigent que les pouvoirs publics : législatif, exécutif, judiciaire, soient nettement séparés et fortement équilibrés et, qu'au-dessus des contingences politiques, soit établi un arbitrage national qui fasse valoir la continuité au milieu des combinaisons.

Il est clair et il est entendu que le vote définitif des lois et des budgets revient à une Assemblée élue au suffrage universel et direct. Mais le premier mouvement d'une telle Assemblée ne comporte pas nécessairement une clairvoyance et une sérénité entières. Il faut donc attribuer à une deuxième Assemblée, élue et composée d'une autre manière, la fonction d'examiner publiquement ce que la première a pris en considération, de formuler des amendements, de proposer des projets. Or, si les grands courants de politique générale sont naturellement reproduits dans le sein de la Chambre des Députés, la vie locale, elle aussi, a ses tendances et ses droits. Elle les a dans la Métropole. Elle les a, au premier chef, dans les territoires d'outre-mer, qui se rattachent à l'Union Française par des liens très divers. Elle les a dans cette Sarre à qui la nature des choses, découverte par notre victoire, désigne une fois de plus sa place auprès de nous, les fils des Francs. L'avenir des 110 millions d'hommes et de femmes qui vivent sous notre drapeau est dans une organisation de forme fédérative, que le temps précisera peu à peu, mais dont notre Constitution nouvelle doit marquer le début et ménager le développement.

Tout nous conduit donc à instituer une deuxième Chambre dont, pour l'essentiel, nos Conseils généraux et municipaux éliront les membres. Cette Chambre complétera la première en l'amenant, s'il y a lieu, soit à réviser ses propres projets, soit à en examiner d'autres, et en faisant valoir dans la confection des lois ce facteur d'ordre administratif qu'un collège purement politique a forcément tendance à négliger. Il sera normal d'y introduire, d'autre part, des représentants, des organisations économiques, familiales, intellectuelles, pour que se fasse entendre, au-dedans même de l'État, la voix des grandes activités du pays. Réunis aux élus des assemblée locales des territoires d'outre-mer, les membres de cette Assemblée formeront le grand Conseil de l'Union française, qualifié pour délibérer des lois et des problèmes intéressant l'Union, budgets, relations extérieures, rapports intérieurs, défense nationale, économie, communications.

Du Parlement, composé de deux Chambres et exerçant le pouvoir législatif, il va de soi que le pouvoir exécutif ne saurait procéder, sous peine d'aboutir à cette confusion des pouvoirs dans laquelle le Gouvernement ne serait bientôt plus rien qu'un assemblage de délégations. Sans doute aura-t-il fallu, pendant la période transitoire où nous sommes, faire élire par l'Assemblée nationale constituante le président du Gouvernement provisoire, puisque, sur la table rase, il n'y avait aucun autre procédé acceptable de désignation. Mais il ne peut y avoir là qu'une disposition du moment. En vérité, l'unité, la cohésion, la discipline intérieure du Gouvernement de la France doivent être des choses sacrées, sous peine de voir rapidement la direction même du pays impuissante et disqualifiée. Or, comment cette unité, cette cohésion, cette discipline, seraient-elles maintenues à la longue si le pouvoir exécutif émanait de l'autre pouvoir auquel il doit faire équilibre, et si chacun des membres du Gouvernement, lequel est collectivement responsable devant la représentation nationale tout entière, n'était, à son poste, que le mandataire d'un parti ?

C'est donc du chef de l'État, placé au-dessus des partis, élu par un collège qui englobe le Parlement mais beaucoup plus large et composé de manière à faire de lui le président de l'Union française en même temps que celui de la République, que doit procéder le pouvoir exécutif. Au chef de l'État la charge d'accorder l'intérêt général quant au choix des hommes avec l'orientation qui se dégage du Parlement.

À lui la mission de nommer les ministres et, d'abord, bien entendu, le Premier, qui devra diriger la politique et le travail du Gouvernement. Au chef de l'État la fonction de promulguer les lois et de prendre les décrets, car c'est envers l'État tout entier que ceux-ci et celles-là engagent les citoyens. À lui la tâche de présider les Conseils du Gouvernement et d'y exercer cette influence de la continuité dont une nation ne se passe pas. À lui l'attribution de servir d'arbitre au-dessus des contingences politiques, soit normalement par le conseil, soit, dans les moments de grave confusion, en invitant le pays à faire connaître par des élections sa décision souveraine. À lui, s'il devait arriver que la patrie fût en péril, le devoir d'être le garant de l'indépendance nationale et des traités conclus par la France.

Des Grecs, jadis, demandaient au sage Solon : « Quelle est la meilleure Constitution ? » Il répondait : « Dites-moi, d'abord, pour quel peuple et à quelle époque ? » Aujourd'hui, c'est du peuple français et des peuples de l'Union française qu'il s'agit, et à une époque bien dure et bien dangereuse ! Prenons-nous tels que nous sommes. Prenons le siècle comme il est. Nous avons à mener à bien, malgré d'immenses difficultés, une rénovation profonde qui conduise chaque homme et chaque femme de chez nous à plus d'aisance, de sécurité, de joie, et qui nous fasse plus nombreux, plus puissants, plus fraternels.

Nous avons à conserver la liberté sauvée avec tant et tant de peine. Nous avons à assurer le destin de la France au milieu de tous les obstacles qui se dressent sur sa route et sur celle de la paix. Nous avons à déployer, parmi nos frères les hommes, ce dont nous sommes capables, pour aider notre pauvre et vieille mère, la Terre. Soyons assez lucides et assez forts pour nous donner et pour observer des règles de vie nationale qui tendent à nous rassembler quand, sans relâche, nous sommes portés à nous diviser contre nous-mêmes ! Toute notre Histoire, c'est l'alternance des immenses douleurs d'un peuple dispersé et des fécondes grandeurs d'une nation libre groupée sous l'égide d'un État fort... » » »

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